DELIANTHE

ou
Les accommodements domestiques

Juillet 2006
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Caractères:

ADRIEN,       le bourgeois aisé
BÉATRICE,   son épouse
CÉLESTIN,    leur fils « post adolescent»
DÉLIANTHE,  jeune amie de BÉATRICE,
                     amante d’ADRIEN,
                     aimée de CÉLESTIN
ETHER,         esprit immatériel
                    qui s’adresse aux personnages,
                    depuis les coulisses,
                    d’une voix grave et posée

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ACTE I
BÉATRICE et ETHER
Chambre de BÉATRICE; elle est dans son lit ;
il fait encore nuit, mais le jour pointe

ETHER   Réveille-toi, Béa ! C’est Ether qui t’appelle !
BÉA       Qui ?.. Ether ?… Où ?…Comment ?… (Cette voix ? D’où vient-elle ?…
 
            Et cette ombre, dehors…)
ETHER   Oui ! Ether ! … Je suis là !
BÉA       Mais où ? Comment te voir ? Dans tout ce tra-la-la
             De la fête d’hier, j’ai perdu mes lunettes…
             (Sans elles sur le nez, j’ai l’air d’un gypaète
             Qui manquerait sa proie quand il l’a sous le bec !)
             Ô! Toi! Voix du plafond ! T’es fille ou bien t’es « mec » ?
ETHER   Calme-toi, ma Béa! Je suis dans l’atmosphère…
BÉA       (Atmosphère ? Atmosphère ? En voilà une affaire !
             Est-ce un coup d’Adrien qui voudrait m’annoncer
             Que d’air il a besoin ?..)  C’est un « truc» ! Qu’est-ce que c’est ?
ETHER   Non ! Du tout ! Aucun truc ! Je viens pour une histoire
             Dont on n’a pas fini de jaser, au Manoir!
             Sais-tu qu’hier au soir, à la fin de la fête,
             J’ai surpris Délianthe, au fond de la courette
             Qui s’approchait sans bruit d’Adrien, dans le noir ?
             Ils se cachaient si bien qu’on n’aurait pu les voir…
             Et murmuraient si bas que, quiconque qui passe,
             A part moi, n’aurait pu ouïr leur messe basse…
BÉA       Et qu’ont-ils dit ? …
ETHER   Attends !…Ce n’est que le début…
             Mais laisse-moi parler et ne m’interromps plus !
BÉA       Alors… Parle!
ETHER   Voilà! Cependant que tes hôtes
             Accoudés au buffet, se saoulaient de parlottes,
             Se gavaient de pâté, comme des morts de faim,
             Buvaient comme des trous… j’aperçois Adrien
             Sortir par le côté, en poussant la portière
             Du petit salon bleu, puis, filer par derrière
             Et s’engager sans bruit dans l’escalier du fond,
             En faisant maintes fois un tour sur ses talons,
             Pour s’assurer que nul n’observait son manège…
BÉA       Alors ?…
ETHER   Alors, je vois que, repoussant son siège,
             Délianthe se lève et s’éclipse aussitôt
             Par le même chemin… pour rejoindre bientôt
             Adrien qui l’attend au fond de la courette.
BÉA       Et ?..
ETHER   Voici qu’ils s’approchent pour un tête-à-tête…
             Il lui donne un baiser, juste là, dans le cou…
             Elle répond en frottant son nez sur sa joue…
             Puis lui fait sur la bouche une longue léchouille…
             Et d’un geste brutal… le saisit par… l’oreille !
BÉA      Aaaahhh ! Ne m’en dis pas plus ! En voilà des ragots !
            Ainsi, tu viens chez moi me tirer du pageot,
            Tu m’agresses, tu m’importunes, tu badines…
            Tu me fais lanterner, tu atermoies, lambine …
            Tout ça pour m’annoncer que ma meilleure amie
            Met le grappin sur Adrien, sur mon mari !… ?
            Je le savais déjà !… (Je l’ignorais, pauv’ pomme !)
            Déjà, j’avais surpris la belle et le bonhomme
            Se faisant des œillades au cours du déjeuner,
            Pendant la promenade ou pendant le dîner !
            (alors que Célestin, qui n’a d’yeux que pour elle
            Reste aveugle au complot ! Il la croit jouvencelle !
            Lui, qui ne s’avisa jamais de leur jeu laid…
            Alors qu’elle, pour lui, n’a qu’un regard gelé …)
ETHER  Je ne t’ai pas tout dit ! … Après…
BÉA      Quelle importance ?!!…
            J’ai tout compris ! Tout vu, Ether ! Et si tu penses
            M’avoir surprise, en me réveillant dans le noir… !!!
            Allez ! Tu peux partir! Je ne veux plus te voir !
ETHER  Je reviendrai, Béa ! Ce soir au crépuscule
            A l’heure où les hiboux, dans les arbres hululent.
                 
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ACTE II
BÉATRICE, CÉLESTIN, DÉLIANTHE.
Sur la terrasse, surplombant une pièce d’eau, le soir tombe.

BÉA      L’air délétère est lourd, DELl, ma délurée !
            Et sans ce jet d’eau, là, déjà je délirais…
DÉLI    Béa, ma belle amie, tu me la bailles bonne !
            Moi-même, je m’abîmerais dans la Garonne,
            Si je, ne devais point, dans un très court moment,
            Accomplir le geste final de mon serment…
BÉA      De quel serment, dis-tu? Tu sais, sans mes lunettes…
            J’entends mal ce qu’on dit… !  Quel serment à sornettes
            Vas-tu encor conter ?…
DÉLI    Ce n’est rien d’insensé…
            J’ai promis à ton fils, Célestin, de danser
            Lorsque, le soir tombé, sous l’effet de la lune,
            Le voile des jupons, léger comme la plume,
            Prend des reflets dorés… J’adore cet enfant…
            On ne peut rien lui refuser ! … Mais je l’entends
            Qui s’approche déjà. Je vais le faire attendre
            Et me cacher dans ce fourré, pour le surprendre…
            Ne lui dis rien!
Elle disparaît
BÉA      Mon cœur ! Mon Célestin ! Mon prince !
            Viens t’asseoir près de moi…
            (Plus bas)         Je sais que tu en pinces
            Pour la belle Déli.. Et depuis ce matin…
            J’ai compris qu’en secret… elle te le rend bien !
CÉLEST Mère! A vous écouter j’ai le cœur qui me presse
             Et les mots que j’entends me font comme caresse !
             Moi qui me lamentais d’amour sans lendemain,
             Moi qui désespérais d’un jour prendre sa main…
             Me voilà espérant en ma Délianthine… !
             Bonheur! Je vais lui composer une térine…
BÉA      Terrine ?  Non ! Assez! Avec tant de pâté
            Englouti, hier soir, je risque d’empâter !
CÉLEST Non, Mère ! La térine est, poétiquement,
             Un art que j’ai appris de l’Oulipo, Maman !
             Une jolie figure… Ecoute ces tercets
             Que j’extrais, humblement, de ma « bouille-abaissée »…

J’ai le cœur ramolli, j’ai un coeur de favouille.
Mes tripes sont nouées, mes tripes sont des nouilles.
Et mon humeur, c’est de la rouille.

Pour que mon cœur résiste et jamais il ne rouille,
Mes pinces de coiffeur, mes pinces de favouille
S’enroulent tout doux, dans tes nouilles.

Et ce bout de quenine, à l’aspect de que-nouille
Qui te pique le doigt, qui te pique à l’o-reille
T’endormira! …et moi, je veille !

             Voilà ce qu’à peu près, Maman, on a appris,
             Avec ces gens de goût, avec ces gens d’esprit.
             Mais je dois, je l’avoue, rassembler mon courage
             Pour dire à Délianthe, au risque qu’elle enrage,
             Ce neuvain débutant. … Mais… J’entends que tout près,
             Quelque chose a bougé, derrière ce fourré…
Délianthe s’approche en chantant et dansant sous la lune…
DÉLI    « Tout’ ma vie, j’ai rêvé d’être une hôtess’ de l’air
            « Tout’ ma vie j’ai rêvé d’avoir des talons hauts… »
BÉA      Que nous chantes-tu là ? Qu’est-ce encor, ce mystère ? …
DÉLI     Béa !… C’est la chanson de Dutronc… !
CÉLEST QUE C’EST BEAU !!!
             Mais je vais vous conter ces récréa-SSSi-ons
             Que nous suivions, par tant de motiva-SSSi-on…

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Animo-trice-te        Anim-auteur        Beau Arts
                             Fort Thé

Ordine-auteur        Fort Bras            Bogart – Garbo
                           Beau roux

Ceci petit               Cela mini             Tout … court !
                            Cà ? Long !!!

                           Baobab Entonné
                           Ben-à-bout ? Agacé ?
                           Au ma-jong et … c’est chatié! 
                           Mon kahier,  Trait marqué
                           Enfournez !  Le délié !

Apéritif servi         Univers par Milliers        Jujubes, arachides!
                          Molaire !… Et l’emmental !

                          Heu… Non! «Et le comté! »


BÉA       Assez de pitreries ! Mon fils, tes fariboles
             Ne te feront jamais endosser le beau rôle !
             Délianthe est ici… et tu ne trouves rien
             De plus intelligent, qu’aligner des « neuvains »
             Ou je ne sais quels « maux » … Mais, j’entends une chouette
             Hululer… Je m’enfuis !… Il faut que je m’apprête…
DÉLI     Quoi? … Tu nous plantes là ?
BÉA      J’ai rencard !…
CÉLEST QUE C’EST BEAU !!!
             Ma douce Délianthe, allons voir cet oiseau.
             Voyez dans le bassin, comme la lune change !
             Et laissons-nous porter par le souffle des anges…

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ACTE III
ADRIEN, ETHER:
Dans la chambre d’ADRIEN; il est dans son lit ; il a la gueule de bois…

ETHER    Adrien ! C’est matin ! Il faut te raisonner !
              La cloche de dix heures achève de sonner !
ADRIEN  Ouh !.. Des voix !.. Quoi ?.. Comment ?.. Ouille !.. Ma tête explose !
ETHER    Adrien ! … C’est Ether… Il faut je t’expose
              Le plan que j’ai conclu, hier, avec Béa
ADRIEN  Mais… Ether ?… Qui es-tu ?… Je ne te connais pas…
              Ni ne te vois…
ETHER    Je suis Jiminy, Ta conscience …
              Eveille ton esprit, car j’ai peu de patience.
              Et le temps s’accélère… Il faut finir ce soir!
ADRIEN  Mais…
ETHER    Ecoute en silence! Ouvre tes entonnoirs !
              Hier, avec Béa, à l’heure où l’hibou chante,
              Nous avons convenu qu’une action bienséante,
              Serait de confirmer un rôle à Délianthe,
              Et pour les yeux de qui Célestin se lamente !
              Et que, dans un effort pour la moralité,
              Il nous faut faire tout, pour les entricoter !
ADRIEN  Mais…Délianthe et moi, nous avons une affaire …
              Et je n’ai nulle envie de cesser de lui plaire!
ETHER    Béa n’en saura rien ! Et son grand sacrifice
              Est de s’abandonner au bonheur de son fils !
              Fais donc ce que je dis ! Accepte la combine…
              Et souffre que ton fils marie Délianthine !
              J’enverrai Célestin pour conclure le pacte,
              Quand sur ton home-trainer, ce curieux artéfact,
              Tu feras, ce tantôt, tes petits exercices…
              Sois aimable avec lui… Encourage ton fils ! …

              Mon rôle est terminé! Je peux enfin partir!
              Et dans le firmament, je vais m’évanouir. ..

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ACTE IV
ADRIEN, CÉLESTIN
Dans le salon de culture physique…
ADRIEN fait du vélo d’appartement…

CÉLEST  Père ! Vous êtes là ! A la fin, je vous vois !
ADRIEN  Non mon fils ! Dans ce cas il faut dire « voussoie ».
CÉLEST  C’est d’accord… Je « voussoie ». Je vous « voussoie », sans doute…
              Mais tout en vous voyant…
ADRIEN  (excédé)            En « voussoyant » !… Ecoute… !!!
CÉLEST  Mais, j’ai dit « je voussoie » ! Je dis « vous » !… . Vous voyez !?
ADRIEN  Erreur! C’est un usage acquis, que « voussoyer » !
CÉLEST  Mais… Je suis Célestin
ADRIEN  … Je sais bien que c’est toi !
              Et quand je te dis « tu », on dit que je « tutoie » !
CÉLEST  Me tuer ?… Moi ?… Mais ?… Qu’ai-je dit qui vous enrage ?
ADRIEN  Nous sommes vendredi ! Assez d’enfantillages !
              Tu voulais me parler ? … De Quoi ?
CÉLEST  Père, je crois
              Que je veux épouser Délianthe, une fois…
ADRIEN  Nous sommes en Berry, dans la ville de Bourges…
              Tu n’as pas de raison de parler comme à Bruges !
              Es-tu sûr de ton coup ?… Te dira-t-elle OUI ?
              (Elle a fini par se jeter, aussi sur lui !
              Sacré révélateur, cette Délianthine !
              Aux ailes de mon fils, elle a mis la chitine
              Et d’insecte rampant, elle fait papillon !
              Mais… sa fidélité … Je n’en dirai pas long …)
CÉLEST  Elle me dira OUI ! J’en ai la certitude !
              Dès hier, à la nuit, j’en ai vu le prélude …
              Père? Que dites-vous? Dites vous OUI, aussi?
ADRIEN  Je dis OUI!… (mais c’est le cadet de mes soucis…
              J’aurai donc, désormais, deux espions au derrière,
              Quand je verrai ma bru :… le fiston et sa mère !)

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ACTE V
ADRIEN, BÉATRICE, CÉLESTIN, DÉLIANTHE et ETHER, à la fin
.
Sur la terrasse, le soir, au sortir du dîner

BÉA       J’ai aimé ce dîner !… Et cette nuit si calme
             A sûrement aidé à préserver le charme
             D’une entente accomplie, un bonheur retrouvé
             Dont chacun d’entre nous peut enfin se gaver !
ADRIEN Pour moi, les rêveries ont un goût de délice !
             Et je suis bienheureux de marier mon fils …
             À notre Délianthe… et je crois qu’elle aussi
             Pourra se délecter d’une issue réussie !
DÉLI     Je ne saurais mieux dire et d’un côté, ou l’autre,
             Je jouis de ce bonheur dans lequel je me vautre …
             Et je n’espérais point un si complet tableau
             Pour clore cette histoire, à la fin…
CÉLEST QUE C’EST BEAU !!!

 

ETHER   Et, s’il fallait donner, comme un ultime hommage,
             Un clin d’œil au poète Ferré, je dirais :

Les écrivains qui ont recours à leurs doigts
Pour savoir s’ils ont leur compte de pieds
Ne sont pas des poètes !
Ce sont des dactylographes !

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FIN

Wana – 16 juillet 2006

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