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Prélevé sur Téléloisir.fr
Vases communicants – octobre 2011
N’ayant pas trouvé de partenaire pour ce vendredi de “Vases communicants”, je publie ici le texte que j’ai préparé.
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Soliloque
Je vois qu’il est tard et que j’aurai bientôt la possibilité d’aller me coucher, si le café ne me tient pas trop éveillé. Je sens que j’aurais dû boire plutôt une tisane, bien que généralement je trouve ça plutôt insipide et doucereux. Je respire l’odeur du tabac qui s’est répandue dans la pièce et cela ne m’engage pas trop à la quitter, car j’aime cette odeur. Je caresse la surface de mon bureau et cette sensation agréable de matière chaude me pousse elle aussi à prolonger la soirée.
Je caresse aussi la surface de mon clavier et j’y décèle de minuscules salissures qui se sont collées sur les touches, surtout le “s”, le “e”, le “n”, le “t”, le “i”, le “r” aussi. Je respire un peu l’air qui pénètre maintenant par la fenêtre que je suis allé ouvrir, pour aérer la pièce pendant la nuit. Je vois à peine, au dehors, dans la lumière de l’éclairage public, les pierres du mur de l’église qui me bouche la vue, mais où je découvre tous les jours des dessins bizarres dissimulés dans les reliefs de la pierre. Je sens qu’il fait frais, plus frais que d’habitude : les jours raccourcissent et l’automne s’installe, désormais.
Je sens parfois que je pourrais m’accrocher des heures à cet ordinateur, pour y déverser les kilomètres de texte que, souvent, la nuit seule m’inspire et singulièrement lorsque je m’allonge pour m’endormir. Je vois dans le cendrier cette pipe, une nouvelle pipe que Je viens d’adopter lorsque ma pipe préférée s’est cassée, il y a quelques jours, pendant mon voyage en Turquie. Je caresse l’espoir que nous allons bientôt être en résonance, ma pipe et moi; il faut un peu de temps pour s’habituer l’un à l’autre : je prends soin d’elle et elle ne m’agresse pas. Je respire un peu la fumée qui s’en échappe et vient s’étirer devant mon écran; cette fumée qui, sans doute, contribue à salir aussi le bois de ma table et les touches de mon clavier.
Je respire, oui, parce qu’enfin, c’eût été le diable si je n’avais pu, en particulier aujourd’hui, cette nuit, écrire les quelques mots qui tournent dans mon esprit, depuis quelques jours : “Tu as promis un texte pour la fin de la semaine, et tu es incapable d’exploiter les expériences triviales de ta vie quotidienne…?”, m’étais-je dit. Je caresse l’idée, maintenant, qu’une conclusion s’impose à ces quelques lignes, à peine marquées d’une règle d’écriture assez simple qu’on nomme “texte à démarreur”. Je sens que les permutations sont parfaitement visibles, dans l’entame des seize phrases qui le constituent; mais, est-ce là un défaut, ou faut-il laisser libre cours aux mots qui se bousculent ? Je vois bien, qu’une toute petite déviation, dès le début de cette page, aurait pu conduire à une tout autre histoire d’écriture… peut-être même, quelque chose de plus achevé, une véritable tranche de vie, avec des sensations, des sentiments, du ressenti… et du sens, bien sûr !
— Wana — 07/10/2011 —
Réécriture : pastiche
Ah ! LES CULS PLATS DES FLIQUETTES
Ce soir, le ciel emporte
Ma musique sous la pluie.
Le vent frappe à ta porte
Le tonnerre à ton huis.
Dans ton tricot de maille
Blottie dans le divan
Tu lis Wuthering Heights,
Les Hauts de Hurlevent.
Un gros coup de tonnerre
Et l’orage reprend
Quand le vent accélère
La pluie devient torrent.
La foudre se déchaîne
Dans un halo diffus.
Le vent fouette les chênes
Tu t’enroules un peu plus.
La pluie bat ta fenêtre
Sous le vent qui forcit
Par le cadre pénètrent
De fins filets de pluie
Sous cette eau diluvienne
Le bassin s’est noyé
Brutal, le vent assène
De grands coups de bélier.
A force de rasades,
L’herbe a bu tout son saoul.
Chaque bruit de grenade
Fait trembler tes genoux.
La pluie battante inonde
Le vent pousse un peu plus
Quand le tonnerre gronde
Entends-tu l’Angélus ?
Nouthews Magaro
— Wana — 30/09/2011 —
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Texte source :
C’est un soir de vent, de tonnerre et de pluie. Elle est plongée dans la lecture des Hauts de Hurlevent en bande dessinée. Un brusque coup de tonnerre et la pluie persistante se change en pluie d’orage, avec des éclairs nets ou diffus, et un tonnerre qui dirait-on fouette les frondaisons dans les gris du soir. Par le cadre de sa fenêtre s’infiltrent des minces fils de pluie poussée par les coups de bélier que le vent assène contre l’abondance soudaine d’une pluie que ne veut ni homme ni herbe, pas plus que le tonnerre qui vous fait sauter comme un enfant, ou ce vent qui arrive presque à étouffer le gong du soir.
Harry Mathews, « Sainte Catherine » (P.O.L. 2000)
Réécriture : transposition néperienne
La journée s’éternise et retentit d’aquilons, de tonnerre, avec pluie abondante, insistante. Elle prend de son cabas cet ancien exemplaire de “Watering Heights” *, tout mouillé d’une urine au parfum musqué et, sans préalable, explose, crûment : “Harry Mathews ! Oh ! This fucking ridiculous paperback has leaked… Wonderful ! Fantastic waterfall ! Think carefully, Harry Mathews ! What precisely should “Sainte-Catherine” recall, amongst dozens of naughty stories of your incredibly amazing career ? Storms ? Any earthquake ? Any rainy day ? Would this capture young followers ? Look, Harry Mathews I say directly no !” L’adresse violente, alors qu’Harry l’aimait plutôt pour un langage tout de rigueur, fait mouche. “Penser aux tonnerres n’enclenche pas de redoutable apocalypse ! Par réciproque, moult activités orageuses (ça t’explique l’affreux soir, l’été passé), sinistres, noires certes, ne suggèrent proprement rien.”, dit Harry Mathews. Et Catherine, déterminée, cabocharde dit que tout ce charivari cruel, ce brutal tintamarre, cette confusion folle, finira par ensorceler chacune des journées d’été ou, par un infernal summum du vacarme, annihiler même les sons habituels rassurants, presque exquis, tel le son pur, reposant, du clocheton vespéral familier.
Intempérie, Mathews, Harry (Eau d’Hurlevent)
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Les 192 mots de ce texte respectent, en nombre de lettres, les 192 premières décimales du nombre “e”, base des logarithmes népériens.
2,71828 18284 59045 23536 02874 71352 66249 77572 47093 69995
95749 66967 62772 40766 30353 54759 45713 82178 52516 64274
27466 39193 20030 59921 81741 35966 29043 57290 03342 95260
59563 07381 32328 62794 34907 63233 82988 07531 9
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* “Watering Heights” = littéralement “Les Hauts d’arrosage”
— Wana — 30/09/2011 —
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Texte source :
C’est un soir de vent, de tonnerre et de pluie. Elle est plongée dans la lecture des Hauts de Hurlevent en bande dessinée. Un brusque coup de tonnerre et la pluie persistante se change en pluie d’orage, avec des éclairs nets ou diffus, et un tonnerre qui dirait-on fouette les frondaisons dans les gris du soir. Par le cadre de sa fenêtre s’infiltrent des minces fils de pluie poussée par les coups de bélier que le vent assène contre l’abondance soudaine d’une pluie que ne veut ni homme ni herbe, pas plus que le tonnerre qui vous fait sauter comme un enfant, ou ce vent qui arrive presque à étouffer le gong du soir.
Harry Mathews, « Sainte Catherine » (P.O.L. 2000)
Transposition définitionnelle
C’est une fin de journée, annoncée par la tombée du jour et le coucher du soleil, de déplacement d’air plus ou moins important ressenti à la surface du globe, de manifestation sonore de la foudre, bruit plus ou moins violent, perçu plus ou moins longtemps après l’éclair selon la distance qui sépare le phénomène du lieu où il est entendu et intervenant souvent plusieurs fois au cours d’une perturbation atmosphérique caractérisée par des phénomènes électriques (lumière éblouissante accompagnant la décharge électrique des masses nuageuses, foudre) et généralement accompagnés de fortes précipitations, et de vapeur d’eau atmosphérique condensée en gouttes qui tombent du ciel sur la terre.
Elle est entièrement absorbée dans l’occupation de déchiffrer visuellement des signes graphiques qui traduisent le langage oral, des Hauts de Hurlevent, en séquence d’images, avec ou sans texte, relatant une action au cours de laquelle les personnages types sont les héros d’une suite à épisodes.
Un bruit comme produit par la décharge d’une arme à feu qui se manifeste dans un mouvement de violence avec rapidité, d’une manifestation sonore de la foudre, plus ou moins violente, perçue plus ou moins longtemps après l’éclair selon la distance qui sépare le phénomène du lieu où il est entendu et intervenant souvent plusieurs fois au cours d’une perturbation atmosphérique caractérisée par des phénomènes électriques (lumière éblouissante accompagnant la décharge électrique des masses nuageuses, foudre) et généralement accompagnés de fortes précipitations, la vapeur d’eau atmosphérique condensée en gouttes qui tombent du ciel sur la terre, qui subsiste de façon durable, se transforme en vapeur d’eau atmosphérique condensée en gouttes qui tombent du ciel sur la terre d’une perturbation atmosphérique caractérisée par des phénomènes électriques (lumière éblouissante accompagnant la décharge électrique des masses nuageuses, foudre) et généralement accompagnés de fortes précipitations, avec des lumières éblouissantes accompagnant la décharge électrique des masses nuageuses, dont les contours ne laissent place à aucun doute, ou dont les contours ne sont pas parfaitement définis, et une manifestation sonore de la foudre, bruit plus ou moins violent, perçu plus ou moins longtemps après l’éclair selon la distance qui sépare le phénomène du lieu où il est entendu, et intervenant souvent plusieurs fois au cours d’une perturbation atmosphérique caractérisée par des phénomènes électriques (lumière éblouissante accompagnant la décharge électrique des masses nuageuses, foudre) et généralement accompagnés de fortes précipitations qui, dirait-on, bat violemment contre les branches et les feuilles des arbres dans les gris de la fin de journée, annoncée par la tombée du jour et le coucher du soleil.
Par l’assemblage de pièces rigides constituant l’armature de l’ouverture pratiquée dans son mur, pour faire pénétrer l’air et la lumière à l’intérieur du local et munie d’une fermeture vitrée, s’introduisent furtivement comme par un filtre à travers les interstices, des structures longues et déliées comme celles d’une matière textile naturelle, dont l’épaisseur est inférieure à la moyenne, de la vapeur d’eau atmosphérique condensée en gouttes qui tombent du ciel sur la terre, subissant une pression physique pour provoquer son déplacement, par les mouvements rapides au bout desquels un corps vient heurter un autre corps, d’une machine de guerre formée d’une poutre dont l’une des extrémités est armée d’une masse de métal, que le déplacement d’air plus ou moins important ressenti à la surface du globe dirige avec violence et de manière à frapper juste, contre la très grande quantité qui devient disponible, de manière brusque et inopinée, d’une vapeur d’eau atmosphérique condensée en gouttes qui tombent du ciel sur la terre, que n’a l’intention déterminée d’obtenir ni être appartenant à l’espèce animale la plus développée, sans considération de sexe, ni plante phanérogame non ligneuse, annuelle, bisannuelle ou vivace, pas plus que la manifestation sonore de la foudre, bruit plus ou moins violent, perçu plus ou moins longtemps après l’éclair selon la distance qui sépare le phénomène du lieu où il est entendu, et intervenant souvent plusieurs fois au cours d’une perturbation atmosphérique caractérisée par des phénomènes électriques (lumière éblouissante accompagnant la décharge électrique des masses nuageuses, foudre) et généralement accompagnés de fortes précipitations, qui aboutit à ce que vous réagissiez vivement sous l’effet d’un choc émotif comme un être humain, sans différenciation de sexe, dans les premières années de sa vie et avant l’adolescence, ou ce déplacement d’air plus ou moins important ressenti à la surface du globe qui obtient presque le résultat souhaité d’empêcher de se propager le son de l’instrument à percussion, originaire d’Extrême-Orient, fait d’un disque de métal sonore (bronze ou cuivre) généralement suspendu, que l’on frappe avec un maillet ou une baguette à tampon, de la fin de la journée, annoncée par la tombée du jour et le coucher du soleil.
Harry Mathews, « Longtemps, je me suis couché de bonne heure » (P.O.L. 2000).
— Wana — 28/09/2011 —
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Chaque substantif, adjectif ou verbe est replacé par sa définition donnée par le dictionnaire (TLFi)
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Texte source :
C’est un soir de vent, de tonnerre et de pluie. Elle est plongée dans la lecture des Hauts de Hurlevent en bande dessinée. Un brusque coup de tonnerre et la pluie persistante se change en pluie d’orage, avec des éclairs nets ou diffus, et un tonnerre qui dirait-on fouette les frondaisons dans les gris du soir. Par le cadre de sa fenêtre s’infiltrent des minces fils de pluie poussée par les coups de bélier que le vent assène contre l’abondance soudaine d’une pluie que ne veut ni homme ni herbe, pas plus que le tonnerre qui vous fait sauter comme un enfant, ou ce vent qui arrive presque à étouffer le gong du soir.
Harry Mathews, « Sainte Catherine » (P.O.L. 2000)
Réécriture
la vitesse de la lumière/limite les rêves au-delà
tartignolabrantesque |
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Anagrammalgames, à partir d’un titre du monde.fr, du samedi 24 septembre 2011 A propos de ce titre : — Wana — 24/09/2011 — |
* anagramme du titre empruntée à mon ami J. P-S.
Vase offert – sept 2011
Tandis que François Bonneau m’evoyait son texte Vers le phare , il publiait sur son blog L’irrégulier, le texte qui suit.
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La passion du café expresso
C’est l’histoire d’un minuscule grain de café qui déclenche des passions, lorsqu’il est question de le transformer en breuvage. Il pousse sur un petit arbuste, à l’abri des frondaisons de grandes forêts qu’on trouve en altitude au Guatemala et qui occupent de vastes étendues de limon et de sable que la montagne a soulevées il y a plusieurs centaines de millions d’années. On peut admirer le résultat de cette technique de culture, où les caféiers s’élancent à l’assaut des essences plus hautes qu’eux, sans parvenir à les concurrencer. Dans cette cohabitation, ou petits et grands trouvent chacun leur place, nous voyons comme le rappel qu’il n’existe pas d’êtres supérieurs ou inférieurs, mais seulement des êtres différents voués à partager leurs morceaux d’existence, sans qu’il soit nécessaire pour l’un de dominer l’autre par le sang et les larmes.
C’est l’histoire d’une machine électrique qui extrait d’un grain de café, la boisson réparatrice la plus répandue chez les hommes, après le thé. Elle infuse, sous une pression élevée, goutte après goutte, une larme après l’autre, une poudre obtenue après brûlage et broyage du grain de café. Il faut beaucoup de passion, pour goûter ce moment exquis, où la goutte est suspendue, sans rappel, au bec du percolateur, et va connaître une chute inexorable au fond d’une tasse de grès couleur sable, libérant, tandis qu’elle éclate, des senteurs douceâtres qui montent à l’assaut de vos narines et dont vos papilles s’impatientent de savourer le résultat.
C’est l’histoire d’une tasse de grès, qui promet, rien qu’en la regardant, de vous offrir ce résultat indicible de l’infusion sous pression, de quelques grains de café moulu et qui, si vous y avez investi un peu de votre âme, vous tirera subrepticement une larme de plaisir au moment de porter vos lèvres sur la fine mousse qui la recouvre, dans un geste d’abord prudent, puis par un contact un peu plus engagé, puis encore avec une inclinaison résolument volontaire de la tasse et enfin, dans un assaut brutal pour tout avaler avec la précipitation d’une passion destructrice : votre café a été… votre café n’est plus !. C’est un peu comme, étant enfant, on édifie un château de sable, avec mille prévenances, en veillant à ne fragiliser aucun de ses fondements, ajoutant degré après degré à la hauteur de la construction, jusqu’au moment où le temps n’est plus à la patience et où il faut expédier un rapide coup de pied dans l’ouvrage pour le consommer : le moment du goûter où le moniteur de colo bat le rappel.
C’est l’histoire d’un réservoir, dans lequel on a versé l’eau du café…. un réservoir plaqué au corps du percolateur, maintenu au contact étroit de la machine électrique, par un ressort de rappel qui lui interdit de fuir ses responsabilités. Un réservoir transparent dont le niveau de remplissage visible, mesurable, pourrait descendre en deçà d’une limite visible, repérable, ce qui serait le résultat d’une consommation excessive, irraisonnée et compulsive de café en grande quantité. On n’y verra jamais une tache, dans ce réservoir, jamais un résidu, jamais la moindre particule, le moindre grain de sable tombé là par négligence : un réservoir limpide et immaculé ! Certes, sur les parois subsisteront quelques traces des couches d’eau consommées au fur et à mesure des sollicitations du percolateur… Mais comme un avertissement, la multiplication de trainées et de larmes paresseuses sur les parois, sera le signal qu’il faut à nouveau remplir le réservoir pour assurer le fonctionnement, sans interruption, de la source de café que chacun, avec passion, au moment de la pause du déjeuner, viendra prendre d’assaut.
C’est l’histoire d’une résistance électrique, maintenue en permanence sous tension, qui entretient dans la chambre de compression du percolateur, la température idéale pour réponde aux assauts répétés des buveurs de café expresso. Sous l’effet d’une pompe de compression et de rappel, l’eau venant du réservoir immaculé circule sous pression dans la tuyauterie de la machine, pour venir imprégner la mouture de café, l’enrober, la circonscrire comme par passion et la noyer avec fièvre, pour s’en extraire finalement en totalité, ne laissant comme résultat de cette étreinte, que l’humidité d’une larme tombée dans un bac de sable.
C’est l’histoire d’un fusible, fil ténu d’alliage métallique noyé dans une cartouche au sable, qui comptabilise la consommation électrique erratique de la résistance d’un moteur de percolateur et qui, à chaque assaut de courant réclamé par la commande d’un nouveau café, manque à deux doigts de se répandre en larmes de métal fondu. Il se plaint, ce fusible et crie si fort qu’un groupe chargé de prévention écologique, à la Commission Européenne, a dû faire un rappel aux bons usages et, après consciencieux examen des tenants et aboutissants de ces affaires de harcèlement fusionnel, a présenté le résultat d’une étude visant à limiter l’usage de percolateurs énergivores, fixant ainsi des critères de décence dans l’addiction aux percolateurs et marquant, pour des générations à venir de buveurs de café expresso, les limites de leur passion.
Wana, le 2 septembre 2011
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Ce texte obéit à plusieurs contraintes de type oulipien.
Le sujet m’en a été opportunément fourni par un article du monde.fr, du 30/08/2011 : Bruxelles veut réglementer la consommation des cafetières électriques
Voir ici l’explication de la conception
Vases communicants – sept 2011
« Wanagramme » est tout heureux d’accueillir le beau texte de François Bonneau « Vers le phare » et Wana, en échange, dévoile sa passion du café expresso, chez lui, puisque :
Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… “Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.”
La liste des participants se trouve sur un blog dédié à ce seul usage, tenu à jour, consciencieusement, mois après mois, par Brigetoun : http://rendezvousdesvases.blogspot.com/
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VERS LE PHARE
→→Après les éclats de notre dispute, je suis allé marcher vers le phare.
Tout était dit ; pourquoi rester ? Tant que mes genoux portaient encore mes nerfs, il fallait avancer ; pourquoi ne pas escalader la dune.
→→Alors j’ai piétiné le sable gris percé par la verdure ; je n’ai pas mis un pied sur les herbes imposantes. Des perruques végétales dispersées ça et là, des plantes à chevelure de comtesse ébouriffée, des arbustes un peu hideux mais forts qui essayaient, au passage, de m’agripper les chevilles. Mes genoux portaient encore mes nerfs, et le sommet de la dune se rapprochait.
→→Derrière le sable gris, la lampe perchée du phare se dévoilait, un peu. Pas à pas, alors que se précisaient tour blanche, rayures noires, et la cage au sommet, les plantes ne me remarquaient plus.
→→Au delà de la crête de sable, le phare éclairait déjà, sans que l’on ait aucun besoin de lui : on voyait encore clair.
→→On baignait dans la lumière chaude.
→→On aurait pu être nu.
→→Le phare lançait dans le vide son message simple : approche, et tu échoues. Je me suis approché.
→→À son pied, comme déplacée, une algue en forme de tendon,
→→en forme de ligament,
→→à l’air d’épine dorsale.
→→Une algue-nerf, un réseau verdâtre, qui figurait deux-bras-deux-jambes. Peut-être une tête, un cervelet. Mon pied a salué celui de la nervure, masse plate et dérisoire. Elle séchait là, sans trop se faire remarquer. Elle séchait en plein jour, à la lumière invisible du phare. Peut-être continue-t-elle encore. Je l’ai encore regardée, penché vers elle.
→→Quand je me suis redressé, j’étais libre de mes mouvements. Mes genoux ne portaient plus mes nerfs, et j’ai laissé le phare derrière moi, en repassant par la dune.
François Bonneau
2 septembre 2011
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Conte de campagne
Le petit âne aigri monta dans son avion
Pour parcourir la planète.
Chemin faisant, il s’arrête
Pour un très court moment au pays des dragons,
L’empire du Milieu qu’on juge si extrême !
Mais qu’on visite quand même.
Par souci de se montrer grand,
Parmi tous les petits monarques du moment.
“Vous êtes, mes amis, une grande puissance,
Que tout le monde admire, en France.
Un pays de tout premier plan !
Votre avis, qu’on écoute, est des plus importants !
Nous devons dessiner ensemble le sentier,
Qui permettra, sans hâte, à quelque temps d’ici,
Selon un processus dûment approprié
Avec l’accord de vos gérontes,
D’intégrer le yuan dans la monnaie de compte
De tous les pays réunis,
Même avec la Libye ! “
Il lui fut répondu qu’on avait fort à faire
Dans cette vaste et vieille contrée de la Terre
Pour assurer la subsistance
D’un quart des habitants du globe, ou peu s’en faut,
Et qu’on pouvait, en conséquence,
S’attendre qu’un réveil les propulse au plus haut
Qu’ils trouveraient bien le remède
Sans qu’il soit besoin qu’on les aide,
Pour assurer tout seuls leur développement
Que sans doute ils auraient, avant qu’il soit longtemps
Accumulé assez de réserves de change
Pour éviter jamais que quiconque les mange !
Le petit âne, alors, remonta dans sa barque
Veillant bien que nul ne remarque
Qu’il était devenu un peu plus rétréci
Qu’avant de débarquer ici.
Il poursuivit son vol, vers un lieu plus modeste,
Qu’on nomme Le Caillou.
Il fallait, pensait-il, se montrer, faire un geste
Pour calmer le courroux
Des habitants contraints de payer désormais
Les va-et-vient
Du quotidien
Entre la Grande Terre et leur Île Maré,
Ceux-là que la gazelle, arrivée d’une autre île,
N’avait pu raisonner, c’était trop difficile,
Qu’en leur envoyant des pandores.
A ce jour, ils y sont encore !
Certes par son discours, notre âne déconfit
Voulait tirer tout son profit
D’un projet qui visait à plus de liberté,
D’indépendance, pour ces îles convoitées,
Parce qu’on ne trouvait pas mieux qu’elles
Pour la production de nickel.
Ainsi, notre âne aigri pouvait, dans un sourire
Promettre le meilleur, en redoutant le pire,
A un peuple impatient et trop violent parfois.
Sur quoi, il s’esquiva, pour aller de surcroît,
Au milieu de cette panique,
Présider, souverain, à des jeux pacifiques.
Loin de son écurie, il avait, ce faisant,
Pris bien soin de laisser son Premier courtisan,
Resté en métropole, annoncer sa cuisine,
Et l’infâme brouet fiscal, fait de rapines,
Qu’il voulait imposer aux pauvres citoyens
Pour compenser tant de largesse
Qu’il avait faite à la noblesse,
Ainsi qu’au cercle étroit de ses meilleurs soutiens.
C’est ainsi qu’on voyait s’amorcer la campagne
Pour la réélection du petit âne aigri.
“Je fais mes coups en douce, alors… Pas vu, pas pris !
Un rideau de fumée : A tous les coups je gagne !”
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— Wana — 30/08/2011 —