Le ver, la pomme, le soleil

C’est l’histoire d’un ver de terre qui ne sait pas quelle distance le sépare encore de la racine où il pourra se restaurer ce matin. Fait-il, d’ailleurs, le lien entre les manifestations de son appétit et le moment de la journée ? Sait-il vers où il se dirige, le ver ? Il peut bien se trouver à tout moment en face d’une foule de merveilleuses radicelles, il passera à côté, sans laisser de trace. Le ver de surcroît ignore que, de sa pitance il ne tirera que l’illusion d’une existence. Le ver est. Le ver fouaille. Le ver digère de la matière inerte mais vivante. Le ver excrète de la matière inerte et morte. Le ver succombera peut-être à un coup de bêche : illusion de funérailles d’un ver de terre privé de conscience de soi.

C’est l’histoire d’une racine que, dans la trace de son sillon, la lame d’une charrue a mise à nu, rompant le lien qui l’unissait à sa tige. Bientôt un paysan foule la motte sous laquelle elle se trouvait encore partiellement abritée. Ce rempart cède et se désagrège, exposant sa face blême et sa peau tendre aux ardeurs du soleil qui commencent à la dessécher. Il est déjà midi pour le ver, mais il l’ignore. Heureusement que lui, n’a pas à faire face aux ardeurs du soleil.

C’est l’histoire d’une lame, qui entretient l’illusion de travailler durement à soulever des vagues dans un sol compact, sous la poussée d’une charrue. Mais la lame n’ignore pas que c’est la charrue qui produit l’effort. Lorsque le paysan descend de son tracteur et, autour d’elle, foule d’un pas lourd la terre bouleversée, elle comprend qu’il examine son travail : il va falloir bientôt s’en remettre à un forgeron qui lui redressera le tranchant.

C’est l’histoire d’un lien de corde qu’un paysan a tendu fortement, entre les piquets qui bornent son champ, pour matérialiser la position de la rangée d’arbres qu’il plantera demain. Il dessine ainsi une trace parfaitement rectiligne, une trace idéale. S’il ne fait face à de trop mauvaises conditions : trop de pluies, trop de soleil, trop de vent qui oblige à multiplier les liens pour maintenir les jeunes troncs à leurs tuteurs, il faudra dix ans au moins (il ne se fait pas d’illusion), pour que cette terre commence à produire les pommes qu’on foule pour faire le cidre dont il régalera, une foule de gens.

C’est l’histoire d’un astre qui trace quotidiennement sur le ciel, son orbe, comme un dais préservant la Terre. Un astre qu’un paysan observe bien en face pour conjurer les fausses nouvelles, les annonciations prématurées d’un jardin d’Eden idéal, les illusions d’un âge d’or, que la dureté des temps de disette a déjà révoqué.

C’est l’histoire d’un paysan dont les liens spirituels avec le ciel, les astres, le sol, la pluie ou le vent, des liens parfois houleux, parfois fraternels, déterminent les succès ou les échecs de la fructification.

C’est l’histoire d’une pomme, perdue au milieu de la foule des pommes tombées de leur pommier par grand vent, qui abandonnent toute illusion de donner un jour, un peu de bien-être et de laisser leur trace dans une bouteille de cidre; une pomme, encore jeune, qui pourrit, face contre terre et qui reçoit la visite inopinée d’un ver.

— Wana — 14/07/2011 —

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Ce texte a été produit à partir de la structure d’une sextine et en utilisant un enchaînement de récits selon un modèle de Paul Fournel.

22 thoughts on “Le ver, la pomme, le soleil

  1. Arghhhh… Le ver a mangé ma pomme de 10:46 ! et n’a même pas laissé les pépins ….
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    Zerb: je l’ai retrouvé dans la corbeille, sans que j’aie fait quoi que ce soit ! Une fois restauré, il a fallu que je l’approuve…
    A ce compte-là, avec, de plus, mon maniement plus qu’imparfait du MAC, je n’ai pas fini de galérer.
    Wana

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  2. Précisions.
    Une sextine a pour particularité la répétition, en fin de vers, de 6 mots, identiques, dans 6 strophes de 6 vers. La permutation d’une strophe à l’autre permet de faire passer chacun des 6 mots dans chacune des 6 positions, dans la strophe.
    Ici, j’ai donc respecté la position relative des 6×6=36 mots dans la sextine, mais, en les incluant dans un récit (le mot “illusion” fait partie de la liste).
    Bien entendu, le jeu consiste à les dissimiler suffisamment pour que ce stratagème n’alourdisse pas (pas trop) le récit.
    J’ai, en outre, utilisé, pour la progression du récit, une technique fournellienne, qui consiste à enchaîner le point de vue de plusieurs personnages ou objets, impliqués dans la même situation (sept, dans ce cas), laquelle peut (et doit) évoluer, bien sûr.
    Pour la sextine (et les n-ines, en général), voir le site de l’Oulipo

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  3. > Wana,

    Je découvre les étrangetés de la «sextine » …
    Je découvre aussi que la rigueur oulipienne oublie celle du «vocabulaire», celle des « usages et de la loi »… et s’absente frivolement du «bon sens rural».

    Je m’en inquiète…
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    Ainsi, à la quatrième strophe, celle « du lien » frontalier, le vocabulaire invite à planter un fruitier dans un verger, dans un pré peut-être… Bien rarement dans un champ, celui qui préfère y voir semé du blé, du lin, du tournesol… betteraves fourragères et autres légumes pour Bonduelle… Enfin de modestes végétaux dont l’altitude reste figée dans la plus honnête modération : un maïs adulte et aunant à peine deux misérables mètres détient toujours le record en mes environs.

    Passons aux usages et à la loi qui réglementent toute la poésie agricole et fruitière d’antan et celle d’aujourd’hui…
    Ils n’autorisent toujours pas la plantation de végétaux (un peu ligneux) en limite séparative de deux parcelles cadastrées. Même si une corde de chanvre est prévue au casting et à la sextine…
    Pour une haie qui ne dépassera pas 2 mètres de haut, un retrait minimal de 50 cm est la règle admise. Pour les arbres dont l’avenir vise des altitudes supérieures, le retrait ne saurait être inférieur à deux mètres.
    La chose est connue et respectée en bien des campagnes honorables.

    Arrivons au bon sens rural
    Le «paysan éternel» détient en son âme la plus profonde des trésors d’intelligence insoupçonnés et un sens de l’économie la plus avaricieuse qui font encore tout son renom.
    Aucun laboureur digne de ce nom n’aura jamais l’idée saugrenue de planter le moindre arbre en son champ (ou en sa limite)… L’ombre portée du feuillage est néfaste à l’épanouissement attendu des semailles qu’il y aura faites. Sans oublier tous les détours que la charrue devra faire, au fil des saisons de labourage, pour éviter le massacre des racines du pommier incongru.
    Enfin, même s’il se trouve aux prises subites d’une bouffée délirante, aucun paysan n’aura jamais l’idée extravagante de planter un arbre fruitier dans des conditions telles que la moitié de la fructification attendue, une fois chue, se retrouve au bénéfice facile du propriétaire voisin et honni. Et la « pomme à cidre » n’a de valeur qu’une fois tombée.
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    Accessoirement, on ne la foule guère cette « pomme à cidre ». Peut-être le fait-on encore avec le raisin, en certaines contrées folkloriques…
    Ici – je parle de chez moi et du cidre que l’on y fait encore- le pressoir fait parfaitement l’affaire et aucun foulage au pied ne saurait venir à bout d’une « pomme à cidre » dont les vertus consistent en une amertume et une consistance infiniment rigide qui lui interdisent toute consommation ordinaire : papilles gustatives et denture n’y résisteraient pas.
    Et j’ai toujours en mémoire la vieille jument de mon grand-père dont les quelques quintaux peinaient à actionner la barre du pressoir mécanique.
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    Accessoirement encore, très accessoirement, m’inquiète aussi l’accord du participe « révoqué ». Tout invite à le voir écrit révoquées , s’il se rapporte aux « nouvelles… annonciations… illusions »
    S’il se rapporte à « dureté », il lui faudrait un E supplémentaire.
    S’il se rapporte à « l’âge d’or » alors traîne une virgule perturbante.
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    >Rose,

    Avant-hier – ou peut-être hier, je ne sais plus – m’est venu tranquillement « Caligula ».
    Pour l’autre charade, celle de « l’élu » avec sa moitié… et qui finit en chansonnette, je renonce.

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  4. >TRS y’a pas que la sextine y’a aussi la terine* qui n’a rien de culinaire, même principe avec trois.
    * http://www.oulipo.net/contraintes/document16239.html

    P.S on s’en fout pour la première ( quoiqu’elle ait tété la première ), c’était une mise en jambe et un écho à l’andouillette (elle aime l’écho, Lalie ) ;
    réponse :
    Un, deux, trois, je m’en vais au bois.

    enfantin, comme d’hab. et élémentaire ( mon cher Watson ).

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  5. >TRS je vous croyais citadin IRL.

    C’est vrai que la pomme à cidre n’est pas mangeable, alors que les pommes, ah, les pommes, y compris et surtout même les ratatinées !

    Sur les champs, je vous dis rien, si ce n’est l’importance du bornage et les capacités infinies et roublardes à rogner sur le champ du voisin, et les chamailleries qui en résultent.

    Quant au reste, je vous dis mon chagrin :

    l’aigreur qui envahit les derniers paysans, les petits, qui n’ont que quelques lopins de terre et la travaillent dur : ils le font parce que ça rapporte, non plus par plaisir, n’y trouvent guère de satisfaction et n’ont plus le sentiment d’un beau travail accompli. Et puis, les femmes, là, dans ce milieu, elles doivent être efficaces et rentables.
    Quand une a de l’argent et s’en extirpe de cette forme de servage volontaire, genoux aidant, douleur par ci, douleur par là – faut dire qu’un russe de cent cinquante kilos affalé sur ses skis a largement aidé au dérapage incontrôlé – l’autre a perdu son énergie et la foi en ce qu’il faisait. Et râle, râle, râle.

    S’il était riche, demain, il cesserait. Tout de go.

    Après avoir lu, lu, lu – mais j’ai perdu mes lunettes hier – et être rentrée chez moi, dès hier soir, je vais marcher, nez au vent, sûrement dans des gorges encaissées.
    Non, aller au ciné.

    C’est pareil.
    De l’air, de l’air.

    P.P.S bravo pour Caligula ; assez contente que ce ne soit pas dans les gogues la révélation ( c’est bien de ce mot-là qu’il s’agit ici ? )

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  6. Estimé TRS,
    Je vous accorde le bon sens paysan dont vous vous réclamez.
    Ce faisant, je vous autorise à plagier mon exercice en remplaçant “foule” (partout où vous le trouverez), par “presse” : il s’agit juste de remplacer 6 mots, dans l’ensemble du texte.
    Une “paille” … dans un champ de pommiers !
    Vous pouvez aussi substituer “repère” (par exemple) à “trace”, ou bien “figure” à “face”, si cela vous sied.
    Ne doutez pas que, lorsque vous y parviendrez, vous éprouverez un sentiment bien “paysan” : la satisfaction du travail accompli.
    Vous avez 45 minutes.

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  7. Vénérable Wana,

    Votre proposition est alléchante … mais elle a toutes les allures d’un jeu de dupes.
    Les mots sextuplés dont vous usez ont une polysémie absente (ou différente) des substituts que vous me proposez, avec une générosité bien feinte et une fourberie si mal dissimulée: -Rarement l’ersatz offre les qualités de l’original.
    ….
    Et puis, à l’heure où je découvre votre défi, les «45 minutes» sont déjà très largement dépassées et oubliées : – Pauvres minutes inutilisées et retournées aux limbes du temps !
    ….
    Mais, c’est promis, je vais essayer, pour l’unique plaisir de la chose et de sa découverte, de vous en faire « une », de sextine… Dans l’esprit Rashomon (pour le pitch), du moins si j’ai un peu compris la contrainte : 6 mots que l’on retrouvera « inéluctablement et autrement répartis » dans 6 historiettes de fantaisie.

    ______________

    Parallèlement, une autre urgence m’attend. Et plus impérieuse !

    Elle m’occupera pour les quelques semaines qui s’annoncent. Celles où je vais me retrouver dans des Alpes si basses et si rustiques que je n’y ai pas de connexion Internet.
    Alors, faute de technologie avancée à domicile et d’invites au bavardage Internet, je vais me plonger dans la diète… et dans tout le « sérieux des choses » qui me réclame.
    Celui-ci :
    L’un de mes petits-fils adorés, hier, m’a montré fièrement un livre qu’il a.
    Le titre à lui seul effraie : « Fables de La Fontaine »… et vous connaissez bien, Wana, le souci que j’ai, très sanitaire, de la validité des propos et des choses… De toute chose !
    En l’ouvrant au hasard, ce recueil inepte, j’y ai lu des propos insensés concernant une cohabitation improbable entre une noble amentacée et un vulgaire végétal de marais…
    Entre autres sottises, on y raconte que – anatomie étrange – le chêne aurait la « tête voisine du Ciel » et que ses racines toucheraient à « l’Empire des Morts »… Un délire de botaniste !… Et des propos qu’il faut dénoncer, vous en conviendrez.

    Tel Hercule, travaillant à tout va et nettoyant « par ci par là » tant d’écuries littéraires infectées, je vais donc m’appliquer à une sévère épuration sanitaire, rurale, botanique et zoologique de toutes les assertions infondées, tous les propos incongrus et fantaisistes de ce triste sire de la Fontaine.

    Ainsi vont mes exigences morales, scientifiques et rurales !…
    Et la santé mentale de mes petits-fils en dépend…

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  8. Puisque TRS se défile (les Alpes, une bonne excuse !), je me colle modestement au pastiche pour Wana :

    Le ver, la pomme et le soleil

    C’était l’histoire d’un ver, blotti bien au chaud mais à l’abri du soleil dans le champ d’un paysan et qui négligeait les pommes déjà véreuses qui tombaient à terre.

    C’était l’histoire d’un soleil qui chauffait amoureusement le champ d’un paysan dans l’espoir de faire mûrir les pommes destinées à être cueillies au lieu de tomber à terre, et goûteuses à manger quand on les protégeait des misérables vers.

    C’était l’histoire d’un champ de pommiers qui appartenait à un paysan négligent qui dédaignait les belles pommes, qui de dépit se précipitaient à terre à la recherche de petits vers qui n’auraient pas eu peur du soleil.

    C’était l’histoire d’un paysan qui se désolait d’avoir planté des pommes qui n’étaient même pas bonnes à faire du cidre et qui les laissaient pourrir à terre à la merci de tous les vers pendant que le soleil dardait ses rayons sur le champ.

    C’était l’histoire d’une petite pomme toute rose et mignonnette qui se dépêchait avant de connaître la terre de nourrir le petit ver que lui avait laissé son amoureux le papillon Carpocapse qui s’était envolé vers le soleil au dessus du champ bien loin de ce malheureux paysan.

    C’était l’histoire d’une riche terre à blé, dont le sol avait été bien préparé et ameubli par les vers qui l’habitaient, et qui était bien exposée au soleil jusqu’à ce qu’elle ait été transformée en champ fruitier par la sottise d’un paysan buveur de cidre qui n’était même pas fichu de reconnaître les bonnes espèces de pommes.

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  9. voilà, moi je me tais mais je travaille la sextine lyrique ( si je vais jusqu’au bout ce sera bien ) extrait pour vous des 340 pages qu’a consacré ce mec à la sextine lyrique ( c’est ma préférée, mais s’il y avait une sextine tragique ce serait pas mal non plus ).
    P.S : j’ai laissé le frigo vide oui huit jours, d’angoisse j’ai pris trois kilos maintenant et vogue le navire, même si c’est dans le jardin, on s’en fout ; moi j’aimerai bien un bateau dans le jardin.

    Celui-ci aurait dû être le lieu où intervient l’adynaton du rite, mais le plaisir d’avoir accompli l’entreprise a été plus grand et devait être exprimé. (je signale que la béatitude de la connaissance se réalise dans la pleine jouissance physique et mentale, la jouissance du soleil avant de se plonger dans la mer ; au-delà de la simple image estivale cela met en relief, encore une fois, la parfaite union des opposés : le ciel et les abîmes). En outre, la sextine de Pétrarque n’atteint jamais le stade d’assouvissement, sa grandeur repose sur cela, c’est un de ses principaux piliers ; l’adynaton Le Chiffre sonore
    Davide AMODIO 308 / 340
    ne renvoit pas à l’expression de la quiétude, des renversements, on en a déjà vu de nombreux. Le vers vana fatica… doit laisser entendre : il est vain de continuer, d’être toujours en montée. En unissant à elle la descente, en un véritable unicum, on finit au contraire par en recueillir les fruits

    bon dimanche à tous

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  10. bon dimanche zerbi ( on s’engueule un coup ? )
    lundi mardi et mercredi je bloggue : sonnez tambours et raisonnez musettes.

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  11. à propos de pommes, chez violette A.
    […] Je serre la pomme qui se trouve dans ma poche. Je l’ai ramassée verte en partant ce matin, parce que tombée d el’arbre en plein mois de juillet. Je serre cette pomme lisse avec sa robe tachée, comme d’un coup d’aiguille, de la marque du ver qui l’a faite tomber. Je caresse cette pomme que j’ai fait briller et je pense à Eve. S

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  12. la dernière phrase s’est zappée.
    je me suis fait piquer ( je suis piquée ? ) ; je vais chez le docteur.

    >bonjour wana et toi.

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  13. Le bateau, le jardin et la montagne.

    Ce sera l’histoire d’un bateau à voile à la montagne, planté dans le jardin abandonné sous la lune gibbeuse en lien de cœur avec les étoiles scintillantes.

    Ce sera l’histoire de la pleine lune qui éclaire l’insensé lien et navigue à la montagne dans le jardin sur le bateau au cœur de la tempête

    bateau lune jardin cœur montagne lien

    Ce sera l’histoire d’un jardin perdu au cœur de la montagne en lien avec le bateau qui tangue sous la lune rousse

    Ce sera l’histoire du lien entre le cœur et la lune réfugiés au fond d’un bateau dans le jardin à la montagne

    Ce sera l’histoire de la montagne ; là, ni jardin, ni bateau : deux coeurs sous la lune en lien.

    Ce sera l’histoire bateau lune jardin cœur montagne lien

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  14. Le bateau, le jardin et la montagne.

    Ce sera l’histoire d’un bateau à voile à la montagne, planté dans le jardin abandonné sous la lune gibbeuse en lien de cœur avec les étoiles scintillantes. Frémissements.

    Ce sera l’histoire de la pleine lune qui éclaire cet insensé lien et navigue versant ubac en montagne dans le jardin à flanc de coteau loin du bateau au cœur de la tempête. Clarté.

    Ce sera l’histoire d’un jardin perdu au cœur de la montagne avec le bateau qui tangue sous la lune rousse. Tomates, petits pois, cerises, cacaoyer ; leur lien : gourmandise.

    Ce sera l’histoire du cœur, ( lien avec la lune ) réfugié au fond d’un bateau dans le jardin à la montagne. Extra-systoles.

    Ce sera l’histoire de la montagne ; là, ni jardin, ni bateau : deux cœurs sous la lune en lien. Rien sinon d’eux. Solitude.

    Ce sera l’histoire du lien : sur le bateau, rêve antédiluvien, ils lisent. Cœurs au ralenti, jardin miniature, lune premier quartier, silence, philosophie, montagnes, gouffres, sommets. Hoquets…

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    1. >Wana, merci
      non j’avais repris histoire et un futur, juste pour modifier entre toi qui a conjugué au présent, et zerb. au passé, donc je me suis collée au futur.
      Histoire c’était juste pour reprendre ta trame de départ, que j’aime bien, en guise de ritournelle.
      Je m’y remets + tard, je tiens compte du tableau que tu m’as envoyé. C’est vrai que les trois cent quarante pages du mec exalté, qui a fait une thèse de doctorat sur la sextine lyrique – quel bonheur des gens aussi déjantés que cui-ci – il vaut celui de Leipzig qui était chez moi hier ! ( de Leipzig au trou du cul du monde …) je n’ai fait que les survoler.
      J’aurais pu prendre débile, servile, idylle, Odile, dans le mille ( pan ), civil mais non.

      Les mots que j’ai choisis hier, je te les dédie à toi Thaïs, petite fille de quatre ans et demi que j’ai tellement admirée. Mais tu sais aussi combien j’ai admiré ton papa qui t’a donné la main jusqu’aux 2000. Et ta maman, si petite à côté de ton papa, si jolie comme Jean Seberg.

      Mais surtout à toi, qui est venue me parler tout le temps, à qui j’ai expliqué le thé des voyageurs et la soupe japonaise déshydratée, à toi toute seule et à ta fraîcheur d’âme vivifiante.

      Mais toi, surtout Thaïs, n’oublie pas : il ne sert à rien de noyer le poisson.

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  15. > Wana,

    Les promesses qui ne sont pas tenues ne valent que peu de tripettes… et je tiens à tenir les miennes.

    Mais comme Rashomon ne faisait pas l’affaire –(trop exotique et aussi le compte de témoignages n’y était pas)- je suis allé voir ailleurs.
    Pourtant, je n’ai pas oublié l’amoncellement de contraintes…

    Contrainte N° 1 : 6 mots et 6 situations enchaînées qui reprendront ces 6 mots désordonnés.
    Contrainte N° 2, la plus sévère et celle que je m’impose par goût du martyre ridicule: extirper ces six mots d’un thème, n’importe lequel de préférence…. et ici « La mariée était en noir ».
    Contrainte N° 3 : par souci d’économie et de rigueur, sortir ces six mots de trois seuls patronymes figurant au générique. En les divisant au tranchoir le plus acéré , sans haine et sans pitié. Avec la plus honnête et frigide insentimentalité oulipienne.
    Contrainte N° 4 : Pour oublier un peu toute cette sécheresse, en l’humectant et l’épongeant, une attention particulière sera accordée à Lucullus et à l’objet de sa vénération culinaire, en « noir et/ou blanc ».
    Contrainte N° 5 : Contenter mon « outil statistique », celui qui a la patience de compter les mots… et lui proposer un joli nombre : 888.
    Contrainte N° 6 : Même s’il est permis, ne pas abuser du clinamen.
    ____________________

    Voici donc, Wana, à vous présentés maintenant, ces six mots… condamnés à toutes mes « frasques » oulipiennes et que vous retrouverez, après montage, dans le commentaire qui suit :

    François Truffaut : truffe & haut
    Denner (dans le rôle de Fergus) : faire & Gus
    Raoul Coutard : coup & tare

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  16. I . Générique:

    Où l’on voit, défilant du haut vers le bas de l’écran, comme par l’effet d’une tare qui pèserait invisible sur eux, les divers patronymes de tous ceux, acteurs, techniciens, décorateurs, électriciens, et autres gus et gugusses, acteurs du film et autres individus qui eurent à y faire.
    Ils sont bien nombreux sur ce coup et leur abondance truffe l’écran de bien des caractères qui choient depuis le haut jusque vers le bas…

    II. Scène d’exposition: extérieur/ jour
    Où l’on voit, tout d’un coup, un paysage campagnard au petit matin , signalé avec insistance par un panoramique lent à souhait qui montre tout le savoir faire du cadreur. Il montre aussi le caractère mycologique des lieux : la truffe doit se complaire en ce cadre bucolique. Toute une ambiance et une végétation spécifique l’indiquent haut et fort aux spécialistes qui, illico, identifient un fort peuplement de pubescents chênes.
    Pour les autres, gus naïfs et ignares citadins qu’une tare jette aux plus bas rangs de l’humanité, laissons-les baigner dans l’ignorance. Pour le moment…

    III . Igor et son chien: extérieur/jour
    Où l’on voit arriver, en son allure de paysan matois, le Père Igor . Il porte haut sa tête, rougie aux breuvages locaux, ingurgités inlassablement mais avec une modération toute paysanne : – Jamais plus d’un coup avant l’autre !
    Il est accompagné d’un exemplaire peu commun de bâtard canin innommable mais qui répond, malgré tout, au nom de Gus.
    Aucune tare n’a été épargnée à cet animal au physique ingrat et il ne doit sa survivance qu’à un certain savoir-faire et à la finesse de sa truffe.

    IV. Les activités du père Igor en Périgord noir: extérieur/jour

    Où l’on voit le Père Igor inciter son animal de compagnie, le pauvre Gus, à exécuter certain manège. Il parle haut et fort à la pauvre bête un peu sourde : – Vas-y mon chien ! Et dépêche-toi, j’ai pas qu’ça à faire !… Quelle truffe tu fais, ma pauvre tare!
    Le paysan, en sa pauvreté insigne, n’a guère la disposition actuelle d’un bourdon de luxe ou d’un alpenstock ferré au meilleur acier. Il n’a qu’un bâton ordinaire dont il promet un coup sévère à qui vous imaginez, s’il ne s’exécute pas plus promptement.
    Un maigre laps plus tard, on voit Igor se pencher et fouiller un peu la terre. Un gros plan montre en sa main calleuse une sombre chose de forme improbable et de calibre incertain.
    La caméra cadre maintenant son visage devenu souriant… On comprend qu’il ne fouaillera pas son animal mais lui réservera une caresse méritée.

    V. Le repas de noces: intérieur/jour + éclairage EDF
    Où l’on voit Lucullus à l’œuvre… Son auberge classieuse accueille ce samedi soir la noce et toutes les festivités matrimoniales consécutives à un passage obligé, devant le maire, des deux « convoleurs » ci-après désignés: Gaëtan de la Truffardière, riche provincial et niais propriétaire terrien, et Bianca X… capricieuse, coquette et coquine aventurière, joliment bien foutue de sa personne : pas l’ombre d’une tare rédhibitoire en sa constitution. Mais un fichu caractère !
    La donzelle, qui a la chevelure aussi sombre que le jais et l’œil accordé à l’unisson de cette couleur, porte – coquetterie subtile- une robe dont la noirceur n’a rien à envier à celle de l’ébène… L’effet est saisissant
    Lucullus, pensant bien faire, avait prévu, en ces agapes, « moulte » truffe blanche : la seule qui a son estime. Pour le coup, ce fut une erreur…
    Bianca, voyant arriver en son assiette, ce livide et si blême champignon a maintenant un haut-le-cœur.
    Elle le fait savoir : le jour de sa noce ne saurait être gâché par un triste gus, préposé aux cuisines et handicapé du nuancier !
    Le scandale menace en cette noce.

    Un « fondu au noir » s’impose.

    VI. Séquence finale (extérieur/nuit… et même « nuit américaine », en Périgord noir)

    Où l’on retrouve, filmée de dos et tandis qu’elle offre donc à la vue son meilleur profil – à contre jour d’une lune complice- la sévère et si somptueuse Bianca, qui a en main son fouet à fouailler, et aussi le Père Igor qui n’a pas oublié son bâton et son bâtard bastonnable.
    Tous deux mènent les opérations : il s’agit de trouver illico, dans ce tréfonds périgourdin, assez de truffe noire pour sauver la noce… Tous les invités aussi sont là – que peuvent-ils faire d’autre ?

    Et aussi le mièvre Gaëtan, tout de blanc vêtu ainsi qu’il y fut contraint pour faire le meilleur contraste avec son ex- future promise désormais acquise…
    -Mais à quel prix? s’enquiert-il maintenant de cette acquisition récemment entérinée par l’Etat-civil: – Ce bon coup en valait-il le « coût » ?… Noire ou blanche, toute fantaisie se paie… et la truffe reste coûteuse!… Surtout celle du Père Igor, quand il bosse en heures sup’ …
    – Mais baste !… Avant la ruine qui m’attend par l’effet de cette affriolante et si brune femelle, ne prenons pas trop de re- tare* en nos festoiements .

    Pendant ce temps et simultanément, Lucullus -qui n’ a pas l’héroïsme définitif d’un Vatel- implore le « Très-haut » …
    Il a raison : frappé par l’omnipotence divine, l’humble Gus va et vient en une frénésie inhabituelle et la truffe la meilleure s’offre maintenant. Et le Père Igor en facturera bien 888.

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    * Hors comptage des mots et pour le seul souci biographique, précisons que Gaëtan de la Truffardière fut éduqué dans un collège de religieux qui avaient plus d’attirance pour la mycologie appliquée que pour la rigueur lexicale. On lui pardonnera donc, à ce châtelain niais, ce travers qu’il a de malmener l’orthographe même quand il cause.
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    J’ai oublié, Wana – Où donc avais-je la tête ?– de vous donner le titre de ce court-métrage impérissable:

    « La mariée était en noir … et la truffe était en blanc »

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  17. > Wana, bonsoir

    j’ai profité d’une très longue attente, le 31 août, mais pas mortelle, las, pour y retravailler, mais je l’avais déjà fait auparavant. Premier jet, sans vers mais en respectant à la lettre les consignes que tu m’as envoyées par mel. Je te le recopie parce que j’y ai bossé un moment et repris les consignes inlassablement pour qu’elles soient respectées, mais il me manque encore la mise en vers. Je n’ai pas renoncé Wana, je te le dis.

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  18. Un bateau à la montagne, dans le jardin.

    Ce sera l’histoire d’un bateau à voile, à la montagne, planté dans le jardin abandonné, sous la lune gibbeuse, les étoiles scintillantes ; lien de cœur.

    Le cœur flanchant prêt à recracher : sur le bateau, tout lien précaire gisant là, sur la montagne. Dans le jardin, pleure la lune.

    Jardin nu, herbes folles, cœur léger, lune rousse, bateau arrimé sur ses cales à sec. La montagne guette le départ de l’été, attentive à tant de givre hivernal futur. Été, automne, hiver, à quand de nouveau le printemps ? Ténu, le lien.

    Lien ? Non. Niente, nada. Le jardin minuscule et rectangulaire est accolé à flanc de montagne. Le cœur palpite, faiblement, étouffé. Entre ses serres, les côtes éclatent, craquellent, se brisent. Menus bris. Le bateau tangue mollement. Tous attendent. Folie de l’espérance. L’est blafarde la lune.

    La lune chavire décroit, se noie, dans les étoiles. Le soleil la nargue le jour, la toise, l’enterre : il règne en maître-lien entre ciel et terres. Le bateau rêve de larguer les amarres, abandonner leurs bites et d’appareiller vers le large. Dans le jardin grésillent les insectes qui s’entredévorent croustillants. Le cœur sec, dur, impassible est resté à la montagne.

    La montagne, elle, ne bronche pas, immuable, tankée là ; pas de vagues, pas de sac, pas de ressac, pas de houles, pas d’embruns. La lune enfle de ses rondeurs maladroites. Le lien est inventé par un cœur follet. Et lui, que fait-il dans ce jardin ? Il navigue, ivre de ses rêves, le bateau.

    Ce bateau à la montagne,
    Dans le jardin, sous la lune,
    En lien étroit avec mon cœur.

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  19. étonnant avec le temps écoulé combien ceci ci-dessus chante à mon cœur ce soir ; pourtant il manque cruauté et solitude mais l’esprit y est. Intense.

    J’aime cette forme de litanie. Cette boucle en rond et la travailler et retravailler, comme une pâte à pain, et repos, attendant qu’elle lève.

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